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La voie que propose le Bouddha peut
être résumé dans le sentier octuple, du moins
dans sa version hinayaniste :
Le groupe de la discipline éthique (Shila) : (1) la
parole juste6,
(2) l’action juste et (3) les moyens d’existence justes.
Le groupe de la concentration (samadhi) : (4) l’effort
juste, (5) l’attention juste et (6) la concentration juste.
Le groupe de la sagesse (praGYaa) : (7) la vue juste et la
pensée juste.
Ce qui nous intéresse ici particulièrement
est le (3). Cela concerne nos moyens de subsistance. Tout ce qui est
illégal, violent, frauduleux ou nuisible à autrui est à
éviter. En particulier, certaines activité marchandes
sont spécifiquement citées par le Bouddha : le commerce
d’armement, d’êtres sensibles (y-compris les animaux), de
viandes, de poisons (substances toxiques ?) et d’intoxicants.
Quelle est la définition ? C’est
mener sa vie selon de justes moyens d’existence, ayant écarté
les moyens malhonnêtes. Les sutras réfèrent
explicitement à un équilibre entre l’avarice et
l’ascétisme et l’excès dans la débauche.
Il mentionnent aussi l’équilibre du budget, ou dépenses
et revenus s’équilibrent. Tout cela exige le
discernement, c’est à dire la vue juste (7). Mais cela
requiert aussi l’effort (4) et l’attention (5).
(...)
Un exemple d’application
de principes bouddhiques
Sazo Idemitsu (1885-1981) fondateur en 1911 de
Idemitsu Shôkai, plus tard nommé Idemitsu Kôsan
(1940), une compagnie pétrolière spécialisée
dans les huiles industrielles. Collectionneur d’art (Musée
Idemitsu et Centre culturel du Moyen-Orient) et admirateur de Sengai,
maître Zen respecté.
La compagnie Idemitsu Kosan, qui a acquis une part
de sa notoriété par la chanson publicitaire «
Maido, maido », a développé dans tout le pays un
réseau de 5 500 stations-services. Elle possède des
concessions du nord au sud, de Hokkaido jusqu’à Okinawa et
développe ses activités dans 29 villes étrangères
en Europe, au Moyen-Orient, en Asie, en Océanie, aux
États-Unis...7
Le principe de son succès tient en quelques
lignes :
- Le respect de l’homme. C’est la valeur clef. Pour lui,
le capital d’une entreprise est le personnel, les humains, et
non l’argent, qui est secondaire. Rendre les personnes
heureuses dans leur travail. « Le salaire est
l’assurance matérielle de la vie quotidienne, ce n’est
pas un comportement de patron vis-à-vis d’un
employé. 8 ».
La salaire est calculé selon la situation de famille (un peu
comme les impôts chez nous) et bien sûr les talents et
le zèle.- Le modèle de l’entreprise-famille. Pour nous cela a un
côté désué et paternaliste, voire despote
éclairé. Il n’a jamais licencié ses
employés même en grande période de récession
et de crise durant la guerre. D’un autre côté le
personnel n’est jamais adopté de l’extérieur,
il est formé sur place. La résolution des problèmes
est opérée sur un modèle familiale.- L’autonomie et l’indépendance. C’est l’autonomie
responsable de chacun dans son travail. Les études,
discussions, l’orientation du travail sont libres, ouvertes.
En cas de divergence profonde, c’est l’entreprise qui
compte néanmoins.- Ne pas
être esclave de l’argent. Le point essentielle pour
une entreprise reste le travail et non l’argent. En ce sens,
Idemitsu n’a jamais capitalisé à outrance9.
Il faut surtout éviter les frais inutiles.- Du producteur au consommateur. Idemitsu a gagné la confiance
des consommateurs en adoptant le principe d’éliminer
les intermédiaires, dans une politique de lien directe entre
producteur et consommateur (pas nécessairement les
particuliers, cela peut être les détaillants). Le
problème avec les grossistes et intermédiaires est
l’accaparation de marchandises et le jeu sur les prix. Cela
revient à du monopole et avant-guerre les compagnies
pétrolières étrangères (Shell, Standart,
Texas) avaient ce monopole du marché.
En résumé, ce qu’il peut y
avoir de Zen et de bouddhique dans cette façon de voir et de
faire 10
est :
- Le minimalisme : le mot d’ordre
« bannissez l’inutilité ». Le
minimalisme est dérivé de l’attitude de
détachement, c’est à dire de non-saisie, de
non-accumulation.- Le respect de l’homme. Le Zen est une
forme du bouddhisme et comme tel cultive nécessairement
l’équanimité, l’amour universel et la
compassion. Le bouddhisme privilégie l’individu comme
facteur de transformation et non le système. C’est
pourquoi il n’y a pas de philosophie politique dans cette voie
et d’ailleurs le Bouddha a refusé la voir royale pour
la voie méditative. Si les communistes et les marxistes
avaient médité cet enseignement dans sa profondeur, au
lieu de la rejeter comme un religion de plus qui exploite la
crédulité, ils auraient évité les
erreurs monumentales commises contre les peuples. Mais se
transformer soi-même a nécessairement des effets sur
autrui, son environnement proche et plus largement la société.
Cela n’en fait donc pas une voie individualiste, au contraire.
L’interdépendance en est le maître mot. Aussi
cela n’est pas contradictoire avec le principe d’indépendance
mentionné plus haut par Idemitsu.- La valeur du travail. Les monastères
Zen ont pour la plupart imposé le mot d’ordre : « Un
jour sans travail est un jour sans manger ». Ceci est
propre au bouddhisme d’Extrême-Orient.- La relativisation des biens matériels
(l’argent) pour le bonheur. L’attachement, en
particulier aux biens matériels, censés être
source de bonheur, est en fait cause d’insatisfaction. C’est
l’insatsifaction du changement. Mais l’attachement crée
aussi des modes de vie et des actes qui deviennent directement cause
de souffrance, qui est un autre mode de l’insatsifaction.- Une conception de la beauté même
dans le quotidien. L’art comme création (la conception
« du producteur au consommateur » était
nouvelle au Japon), beauté et effort. Le Zen est connu pour
son approche terre-à-terre de la spiritualité.
Dans un bon article intitulé Le
capitalisme peut-il renouer avec le progrès social ? Et
comment ? paru dans Le Monde le 09/10/2004
et toujours en ligne ici et là Eric le Boucher rendait compte
de Dérives du capitalisme
financier de Michel Aglietta et Antoine Rebérioux. Une
bonne piste.
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