
Les dix étapes de la Voie du Boddhisattva.
Gyétrul Jigmé Norbu Rinpoché
Druk Dechen Ling
Novembre 1991
Aujourd'hui nous allons parler du chemin de Bodhisattva en 10 étapes.
Bodhisattva cela signifie : celui qui est prèt à travailler avec les émotions, avec la sensation d'etre éveillé, avec la Bodhi. Ce qui ne demande pas necessairement d'etre déja Bouddha ou éveillé. Mais plutot d'etre prèt pour marcher sur le chemin de ceux qui sont déjà éveillés.
Les pays ou s'est developpé cette philosophie sont variés : Tibet, Chine, Mongolie, Japon, etc... nous pouvons trouver des gens dont les approches de la vie sont tout à fait différentes les unes des autres et cependant ils mettent en pratique cette meme philosophie.
Par exemple dans la tradition du samourai au Japon.
Cela montre que ces gens adaptent la tradition de la "Voie du Bodhisattva" à leur vie habituelle, ainsi il y a quelque chose de solide dans cette tradition, elle tient compte de la terre et de l'espace ou elle est pratiquée; par exemple :
L'approche industrielle des paysans chinois ou celle des paysans tibétains dans les terres interdites. Tout ceci montre qu'il y a différents mouvements, de solides mouvements pour approcher les situations de la vie quotidienne. C'est pour ainsi dire l'ouverture aux situations de la vie, sans conflit entre le monde physique et le monde mental.
Quand vous vous abandonnez à cette "ouverture", entre le donneur et le receveur, il y a un espace ou tout peut fonctionner de manière très souple, très douce, alors vous n'avez pas besoin d'etre très concentrés d'une manière très stricte sur une seule chose, les choses arrivent avec une passion délibérée.
Avant de s'entrainer sur le chemin du Bodhisattva, nous devons etre d'abord un familier du Hinayana, le chemin étroit ou dit du "Petit Véhicule". Cela ne signifie pas que nous devions avoir l'esprit étroit, mais que notre esprit ayant été trop longtemps sauvage, chaotique, il a besoin d'etre dompté, il a besoin de suivre une discipline, il doit etre discipliné, par des pratiques telles que Vipassana, Samatha, Sattipattana, la concentration sur le souffle, la concentration sur le mouvement, tout ceci nous apprend à synchroniser notre état physique par rapport à notre état mental.. Avec ces techniques, nous créons un modèle de fonctionnement pour notre corps et notre esprit, un beau modèle de vie, à travers lequel tout fonctionne harmonieusement. C'est seulement après avoir cheminé sur le sentier étroit du "Petit Véhicule" (Hinayana) que notre esprit est près à voyager sur la large autoroute du chemin du Bodhisattva.
Marcher sur la voie du "Petit Véhicule" (Hinayana), c'est reconnaitre la confusion, et cheminer sur la voie du Bodhisattva, c'est travailler avec les émotions. C'est se voir soi-meme, fondamentalement riche, nous sommes nés fondamentalement riches, nous n'avons pas besoin d'essayer de devenir riches.
Nous regardons les émotions et la confusion comme un fumier que nous n'allons pas jeter mais au contraire mettre sur notre jardin comme une richesse, il va l'enrichir et le rendre beau.
La première étape du chemin du bodhisattva est une joie extreme, celle qui provient du fait de pouvoir travailler avec les émotions, les sentiments, la confusion. Elle n'est pas ordinaire, ce n'est pas la joie de se sentir bien physiquement, ni pour des raisons matérielles, c'est une joie extrème. Ce n'est pas non plus le fait de se réjouir de quelque chose du passé ou du présent, c'est la joie de voir les choses avec plus de recul, de plus haut, de pouvoir superviser les événements, et d'etre ainsi capable de voir les choses telles qu'elles sont réellement.
C'est la joie de pouvoir appréhender les choses plus profondément, comme jamais on le fit auparavant ou l'on condamnait le mauvais, la souffrance, et ou l'on cherissait le bonheur. Lorsqu'on peut voir de plus haut les événements, on les regarde et l'on découvre qu'il y a autre chose au-delà de nos souffrances et de nos plaisirs habituels.
Géneralement on s'attache au bonheur et on le recherche, on repousse ce qui fait souffrir, on lutte contre la souffrance, et cette lutte nous conduit vers davantage de souffrance. Cependant à cause de cette lutte, nous parvenons tout de meme à experimenter un certain bonheur temporaire, éphémère, et ce changement nous fait souffrir encore plus, et nous luttons pour sauver ce bonheur et cette lutte nous apporte encore plus de souffrance.
Ainsi nous sommes poussé à essayer la philosophie, la drogue, le yoga, la méditation et tout ceci semble nous guider vers une réponse évasive, pas définitive et nous luttons toujours plus, nous voulons toujours aller plus loin - "Quest ce qui peut encore m'aider ?" - Il en est ainsi parce que nous ne voyons pas les aspects dénudés de nos deux polarités, nous luttons toujours plus et nous voulons trouver une philosophie dans cette lutte.
C'est heureux de voir qu'au-delà de la dureté de la vie, du serieux de la vie que nous menons, il y a quelque chose d'autre, un sens de l'humour est là, et ceci nous donne la joie, la joie de la première terre du Chemin de Bodhisattva.
Le sens de l'humour, ce n'est pas essayer d'etre joyeux tout le temps, ni de faire rire, c'est le fait d'accepter les choses de la vie telles qu'elles sont, sans en etre choqué, le plaisir vient, la souffrance vient, nous les acceptons, nous n'en sommes pas choqué, il y a un sens de l'humour dans cette approche. L'opposé de ce sens de l'humour, c'est etre comme un zombie, un cadavre vivant..
La joie contient la richesse, celle de l'ouverture, celle d'accepter les choses de la vie telles qu'elles sont, les émotions, les sentiments, la confusion et non pas de les rejeter comme quelque chose de démoniaque, de maléfique, on est capable d'avoir une relation avec notre confusion quand on accepte notre confusion telle qu'est est, alors on est capable d'avoir une relation pacifique avec le monde exterieur. C'est la générosité, la première paramita. Elle est engendrée par la joie de travailler avec ses propres émotions et avec le monde exterieur.
Ainsi, la Générosité Joyeuse est une paramita, "param" signifie "l'autre rive" et "ita" "arriver", ce qui veut dire "arriver sur l'autre rive, sur l'autre rive, celle qui n'est pas sur la meme rive que que la générosité ordinaire, usuelle, commune dans le samsara. Bien sur, nous connaissons tous la générosité, beaucoup de gens sont généreux, mais il ne s'agit pas de cette "générosité joyeuse", transcendentale, celle qui est une paramita. Ordinairement, quand nous voulons aider quelqu'un c'est parce que nous nous sentons dans une position supérieure à la sienne. Dans le cas de la générosité transcentale, il ne s'agit pas de regarder quelqu'un comme inférieur à vous.
Notre approche ordinaire de la générosité sous-entend la supériorité et aussi le fait d'attendre quelque chose en retour de notre acte généreux; Par exemple, j'ai un ami qui passe huit jours à la maison, je fais tout pour lui et quand il s'en va, il ne me dit meme pas merci; et j'attends qu'il me le dise. Ce n'est pas un acte de générosité transcentale, c'est celui d'un etre ordinaire, à l'esprit étroit, parce qu'on attend quelque chose en retour et en plus on regarde l'autre comme étant inérieur. Ceci est un obstacle à la générosité transcentale.
Quand nous rencontrons quelqu'un, nous disons "comment ça va ?" et si on ne nous pose pas la meme question en retour, nous sommes vexés. Ceci montre l'approche très drole que nous avons de la vie. Nous ne faisons pas les choses du fond de notre coeur, l'esprit ouvert, nous n'apprécions pas l'autre, mais nous voulons qu'on nous apprécie.
Dans le cas d'une relation entre un garçon et une fille, si on dit: "je t'aime", cela ne veut pas dire que vous l'aimez mais plutot: "est-ce que tu m'aimes ?" et vous attendez la réponse. L'approche du Bodhisattva ne va pas au-dela de "je t'aime" dans cet exemple. On ne va pas plus loin que le fait d'aimer. On apprécie quelqu'un et on le lui dit, c'est juste cela. On n'attend rien au-delà de ceci. C'est la vraie communication transcendentale. Nous, dans le samsara, nous attendons quelque chose en retour.; une réponse, nous voulons que quelqu'un reconnaisse notre appréciation. Le Bodhisattva n'attend rien de l'autre.
La générosité joyeuse, c'est aussi l'ouverture à soi-meme et l'ouverture au monde exterieur, aux situations de la vie. Nous sommes ouverts à n'importe quelle situation de la vie. Nous sommes ouverts à n'importe quelle situation de la vie, toujours, et cette ouverture nous conduit spontanément à la générosité. Cela ne signifie pas qu'on essaye d'aider quelqu'un, mais plutot qu'on est simplement ouvert à lui, près à traiter la situation telle qu'elle est, telle qu'elle le demande. Nous sommes prets à faire ce qui doit etre fait, quoi que ce soit. Les Bodhisattvas sont ouverts à toutes les situations, quelles qu'elles soient, et c'est ça la vraie générosité. Ils n'ont pas de pensées discursives qui disent: "je dois aider celui-ci" , "je dois faire cela", ce que nous faisons ordinairement.
La troisième paramita est la patience. Elle vient de la générosité joyeuse qui est d'accepter les situations de la vie telles qu'elles sont. Ordinairement nous manquons de patience, nous pouvons l'etre une fois, deux fois, mais le troisième fois, nous nous énervons. Dans notre travail, si nous sommes patients, alors le travail devient un plaisir. Mais en général n'importe travail que nous devons faire, soit nous le regardons d'une manière frénétique qui rempli tout l'espace et alors nous sommes fatigués. Ou bien nous regardons le travail comme quelque chose qui nous révolte et nous devenons paresseux. La patience peut changer complètement notre approche de la vie. Elle peut prendre place n'importe ou, sur l'autoroute, au cinéma en faisant la queue, n'importe ou.
Petit à petit, la patience transcendantale donne naissance à la quatrième étape dans le chemin du Bodhisattva qui est l'énergie ou la tradition. Quand nous naissons, c'est au milieu d'une culture, d'une idéologie particulière, et dans cet environnement, nous grandissons, nous sommes entrainés à nous adapter aux traditions familiales. Suivre une tradition semble etre le travail le plus difficile auquel nous soyons confrontés. Mais quoique nous fassions, ou ce que nous ferons à l'avenir, sera emprunté à cette tradition, la suivra; c'est celle de notre famille. Nous sommes réglés par cette culture, cette idéologie dans laquelle nous avons été élevés, alors c'est très douloureux et très difficile d'aller au-delà. Et si nous ne sommes pas capables de casser, de rompre avec cette base culturelle que nous appelons "tradition", alors nous ne serons pas capables de marcher dans le chemin su Bodhisattva; dans la tradition. Ceci parce qu'un Bodhisattva n'essaie pas de s'adapter à une tradition particulière mais tout ce qu'il fait devient tradition. C'est une situation très ouverte. Ce qu'il fait devient sa tradition. La tradition des Bodhisattvas, c'est de travailler avec les émotions; colère, patience, haine, reves, tout cela est la source d'une riche tradition. Il y a un parfait exemple pour illustrer cette tradition, elle est reliée à l'énergie qui permet aux Bodhisattva de travailler avec tous les aspects émotionnels de la vie. Cette énergie n'est pas celle que nous connaissons à un niveau ordinaire, car celle-ci est infatigable, l'énergie des Bodhisattva est infatigable.
Maintenant, nous arrivons à l'étape suivante, "samten" en tibétain, ce qui signifie "rester dans la conscience". Cette conscience n'est pas celle que nous atteignons aux derniers stades du chemin ( appelé conscience de la sagesse sans observateur ) , cependant c'est une conscience transcendentale ou il y a encore quelqu'un qui observe. Le Bodhisattva est conscient des situations, de tout le développement des évenements, au delà des notions dualistes, mais il y a toujours quelqu'un qui soutient cette conscience. Il y a toujours "quelqu'un" qui regarde , qui observe. Quelqu'un qui est conscient de cette conscience transcendentale. Il faut le samadhi pareil au vajra pour couper, trancher cet observateur et cela se fera dans les dernières terres de Bodhisattva; cette faible conception d'observateur et de quelque chose à observer, sera tranché par le samadhi. Ces choses dont on parle maintenant ne doivent pas rester quelque chose de théorique, cela doit etre experimenté par chacun à sa propre manière et alors on comprends vraiment de quoi il s'agit. Sinon, si je dis: "boire proprement du thé, c'est un jeu d'enfant", qu'est-ce que cela signifie ?
Les enfants ne peuvent pas boire proprement une tasse de thé. Nous, oui, nous le pouvons, nous savons ce que cela signifie., ainsi nous arrivons à la sixième étape, ou terre de Bodhisattva, c'est prajna, la connaissance transcendante et non pas la Sagesse qui est jnana, la suivante.
Prajna, c'est trancher, il y a la patience, la discipline, la générosité, l'énergie, la conscience et nous avons encore besoin de la connaissance transcendente pour trancher (couper au travers) sinon l'action est incomplète. Son utilité, c'est de vous présenter clairement la situation telle qu'elle est réellement, de la meme manière qu'un scanner (un ordinateur) ou un microscope pour localiser ou est le problème. La connaissance transcendenale transperce (tranche) l'observateur. Le Bodhisattva, jusqu'ici, travaille avec les émotions, les gens, les situations, avec lui-meme et il a cependant un certain "égo", celui qui fait ceci ou cela, celui qui regarde "l'observateur" et la conscience transcendentale tranche cet égo très subtil.















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